M. Bachir Edkhil, un ancien responsable du "polisario", a
déclaré à la MAP que le but de cette visite est de
poursuivre le travail entamé en septembre et qui a eu un
impact certain, tous les interlocuteurs sans exception ayant
prêté une oreille attentive aux témoignages poignants des
membres de la délégation et à leur cause.
M. Edkhil et les membres de la délégation l'accompagnant
ont été les hôtes, dimanche, d'une réception offerte en leur
honneur par M. Aboubakr Abissourour président
du conseil
d'administration de l'Association Américano- Marocaine de
l'Amérique du Nord (AMANA), et à laquelle ont assisté des
dizaines de ressortissants marocains établis dans la région
de Washington, ainsi que Mme Aicha Afifi, chargée d'affaires
et M. Hassan Khantach, chargé des affaires consulaires à
l'ambassade du Maroc à Washington et les dirigeants du club
marocain de Washington et de l'association des Marocains aux
USA (AMUSA).
Ce moment de retrouvailles a offert l'occasion aux membres
de la délégation de raconter à leurs compatriotes expatriés
les épreuves qu'ils ont endurées dans les camps de la honte,
soit en tant que responsables du "polisario" comme M. Edkhil,
l'un des fondateurs de ce front, ou M. Ebeya qui était cadre
de ''l'Union de la jeunesse sahraouie'', et qui ont été
jetés en prison quand ils ont protesté contre le
comportement et les manigances des dirigeants des
séparatistes dont ils ont été témoins, en tant que
prisonnier de guerre comme M. Ali El Jaouahri, ou alors en
tant qu'ancienne déportée à Cuba comme Melle Maa Oulainine.
"Nous sommes venus à Washington expliquer à l'opinion
publique américaine et au monde encore et encore que la
question du Sahara marocain a trop duré, que nos familles
sont déchirées et nos enfants séquestrés", a affirmé M.
Edkhil.
"Nous sommes venus pour que le monde comprenne les
manipulations qui ont été ourdies autour de cette question,
et quelles sont les parties qui sont derrière ces
manipulations et qui ont intérêt à voir la question
perdurer. Nous sommes venus dévoiler les arguments obsolètes
et les mensonges propagés par le +polisario+ et ses maîtres
à penser, dire que le nombre des personnes qui se trouvent
dans les camps de Tindouf est bien en deçà du chiffre avancé
par les séparatistes et que l'assistance humanitaire, qui
est destinée aux populations séquestrées, se transforme en
marchandise lucrative enrichissant les dirigeants du gang",
a-t-il poursuivi.
"Nous sommes venus dire qu'au Maroc comme dans les autres
pays du monde, il y a des problèmes sociaux, des problèmes
de chômage, des problèmes de jeunesse et comme c'est un pays
démocratique, les gens ont le droit, et utilisent ce droit,
pour faire des revendications sociales légitimes qui n'ont
rien à voir avec les revendications séparatistes comme se
plaisent à le répéter les ennemis de l'intégrité
territoriale du Maroc", a ajouté M. Edkhil, soulignant que
la prolongation de ce conflit constitue un obstacle à tout
développement réel de nos provinces du sud et de la région
toute entière.
Revenant sur la situation dramatique des populations
séquestrées dans les camps en Algérie, M. Edkhil a insisté
sur la nécessité de séparer le problème politique du
problème humanitaire et permettre aux familles de se réunir,
de revivre ensemble. ''Le +polisario+ a détruit les valeurs
fondamentales de la famille'', a-t-il déploré.
Saadani Maa Oulainine, les larmes ruisselant sur ses joues,
a pour sa part raconté les souvenirs douloureux qu'elle
garde de son enfance et de son adolescence.
Le souvenir
de son père subissant la torture sous son regard innocent et
candide, alors qu'elle n'avait que cinq ans. Le souvenir du
déchirement et de la séparation quand, à l'âge de 11 ans,
elle est déportée à Cuba pour un exil forcé de 11 longues
années. Le souvenir d'un retour pénible, pour avoir trouvé
son père sous terre, mort dans les prisons du +polisario+,
pour avoir eu des difficultés d'insertion, pour ne pas
pouvoir parler la langue qui aurait du être la sienne, ni
connaître les traditions et coutumes de sa propre communauté
et pour ne pas se reconnaître dans les thèses des
séparatistes.
M. Ali El Jaouhar, un ancien prisonnier de guerre marocain,
qui a pris la parole durant le hearing sur le Sahara tenu au
congrès jeudi pour faire un témoignage poignant sur ses 23
années de détention dans les geôles du +polisario+ et de
l'Algérie, a décrit les formes de tortures et d'exactions
qui lui étaient quotidiennement infligées ainsi qu'à ses
co-détenus.
''Notre quotidien était fait de torture, de privation,
d'humiliation'', a dit M. El Jaouhar, qui a évoqué ses amis
torturés jusqu'à la mort, ceux affamés, emprisonnés et jetés
aux oubliettes.
Il a également indiqué que les prisonniers marocains
étaient soumis aux travaux forcés pour construire toute
sorte de bâtiments, creuser les puits ou charger l'aide
humanitaire dans des camions pour être écoulée par la suite
dans des pays limitrophes. Celui qui n'exécutait pas le
travail forcé exigé par les geôliers risquait la mort,
a-t-il dit. M. El Jaouhar qui a affirmé que le destin de
tous les Sahraouis se trouve au Maroc, s'est par ailleurs
félicité, comme les autres membres de sa délégation, du
succès du hearing, qui a vu une forte participation de la
communauté marocaine.
"La nervosité manifestée par des ennemis de notre unité
territoriale qui ont essayé de provoquer les Marocains qui
se trouvaient dans la salle est la meilleure preuve de notre
succès", a-t-il dit. Lui faisant écho, M. Ebeya s'est lui
aussi félicité du travail accompli au niveau du Congrès
américain où le masque que le +polisario+ a porté pendant de
longues années est finalement tombé, a-t-il dit. M. Ebeya a
expliqué que la seule façon de résoudre le problème du
Sahara réside dans une solution politique négociée.
Continuer à baser les solutions sur l'auto-détermination et
le +polisario+ comme partie au conflit, comme le fait l'ONU,
ne fera guère avancer les choses, a-t-il estimé. M. Ebeya a
lui aussi parlé des années qu'il a passées à Cuba et des
souffrances qu'il a endurées là-bas où le mot d'ordre était
de bafouer les déportés pour qu'ils n'aient plus aucune
dignité, aucune estime de soi.
Les membres de la délégation ont, à cette occasion, exhorté
la communauté marocaine établie aux USA à être un pont
d'amitié entre le Maroc et les Etats-Unis et à poursuivre
cette campagne de sensibilisation et d'information auprès de
leurs amis, leurs collègues et leurs voisins pour attirer
leur attention sur la tragédie humaine que vivent des
milliers de familles dans les camps de Tindouf.
''Au nom de tous ces séquestrés, qui n'ont pas la chance
d'avoir la liberté de mouvement que nous avons, ni la
possibilité d'exprimer librement leurs souffrances qui sont
nôtres, nous vous demandons de dire au monde que ces
familles sont divisées, détruites, désunies'', a notamment
affirmé M. Edkhil.